Le jeu vidéo : nouveau médium linguistique

Un média d’apprentissage

Si aujourd’hui il n’est plus question de remettre en cause les nombreuses vertus éducationnelles et thérapeutiques du jeu vidéo sur les personnes qui le pratiquent régulièrement, il est assez rare que l’on se penche sur les moyens cognitifs déployés par les joueurs pour comprendre les règles qui régissent ces univers numériques.

Vous vous souvenez peut-être parfois douloureusement de vos cours d’LV1, avec certaines règles grammaticales farfelues qui vous échappent peut-être encore : « pourquoi ce mot se termine forcément par cette lettre ? Quels accords faut-il déployer dans ce contexte? etc… » Et s’il n’a pas été chose aisée d’assimiler toutes ces règles, vous n’y pensez évidemment pas de manière consciente lorsque vous conversez avec des locaux pendant un voyage d’affaires ou durant l’un de vos RTT bien mérité.

Une réelle partie de plaisir…

Aussi les joueurs aguerris maitrisent-ils (dans un sens) une langue étrangère pour reprendre les propos de l’essayiste Idriss Aberkane. Les combos dans les jeux de versus, la coordination œil main dans les MOBA où encore la spatialisation dans les jeux de course, sont en effet autant de langages qui requièrent une maitrise de la part du gamer qui exécute sans même en avoir conscience une combinaison de touches et de mouvements alambiqués.

Si cela semble a priori inné, il n’en est rien, puisque cette langue étrangère est constituée d’une multitude de patois appris çà et là dans des précédentes expériences de gaming, indépendamment du support ou de l’ère. C’est ce background linguistique dans son intégralité qui est mobilisée par le joueur lorsque ce dernier appuie sur la touche « start » de n’importe quel jeu. Aussi, si le philosophe allemand Ludwig Wittgenstein pensait que les limites de sa langue étaient les limites de son monde, les joueurs d’aujourd’hui ne s’encombrent aucunement de pareilles contraintes linguistiques, puisque polyglottes de par leur passif de gamer.

De Pong (1972) aux grosses productions contemporaines, chaque jeu vidéo publié depuis un demi-siècle a posé sa pierre à l’édifice du langage vidéoludique global

Un langage visuel

Cela peut échapper au regard du profane mais les éléments de ce que l’on appelle communément le « Game Design » ne sont jamais choisi de façon hasardeuse. Ne vous êtes-vous par exemple jamais demandé comment un jeu où l’on incarne un plombier moustachu ai pu fédérer autant de monde? C’est tout bonnement grâce à son game design : vous avez par exemple instinctivement pensé au fait de sauter sur les ennemis parce que ces derniers avaient une forme légèrement conique, où encore d’appuyer sur la touche bas sur les tuyaux pour les explorer étant donné que la profession du protagoniste justifierait qu’il s’y intéresse…Tous les éléments visuels et narratifs du jeu sont donc des choix de gameplay, habilement déguisé par le game design ambiant.

Ainsi, développeurs et joueurs co-construisent-ils ensemble la sémiotique vidéoludique, une manière parallèle d’échanger, expérimenter et diffuser des idées visuelles et narratives. De là à dire que le jeu vidéo est un nouveau socle linguistique pour l’humanité, il n’y a qu’un pas 🙂

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